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éditions du Groupe de L'Ours
autour du lettrisme, des situationistes, de l'Oulipo et la pataphysique
Se dire lettriste toujours, parce que ça fait hurler les chiens.

 

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Jules Verne

Antoine Grimaud

Chapitre I

DANS LEQUEL PHILEAS FOGG
ET PASSEPARTOUT
S’ACCEPTENT RÉCIPROQUEMENT
L’UN COMME MAÎTRE,
L’AUTRE COMME DOMESTIQUE

En l’année 1872, la maison portant le numéro 7 de Saville-row, Burlington Gardens – maison dans laquelle Sheridan mourut en 1814 – , était habitée par Phileas Fogg, esq., l’un des membres les plus singuliers et les plus remarqués du Reform-Club de Londres, bien qu’il semblât prendre à tâche de ne rien faire qui pût attirer l’attention. A l’un des plus grands orateurs qui honorent l’Angleterre, succédait donc ce Phileas Fogg, personnage énigmatique, dont on ne savait rien, sinon que c’était un fort galant homme et l’un des plus beaux gentlemen de la haute société anglaise. On disait qu’il ressemblait à Byron – par la tête, car il était irréprochable quant aux pieds – , mais un Byron à moustaches et à favoris, un Byron impassible, qui aurait vécu mille ans sans vieillir.

Anglais, à coup sûr, Phileas Fogg n’était peut-être pas Londonner. On ne l’avait jamais vu ni à la Bourse, ni à la Banque, ni dans aucun des comptoirs de la Cité. Ni les bassins ni les docks de Londres n’avaient jamais reçu un navire ayant pour armateur Phileas Fogg. Ce gentleman ne figurait dans aucun comité d’administration. Son nom n’avait jamais retenti dans un collège d’avocats, ni au Temple, ni à Lincoln’s-inn, ni à Gray’s-inn. Jamais il ne plaida ni à la Cour du chancelier, ni au Banc de la Reine, ni à l’Échiquier, ni en Cour ecclésiastique. Il n’était ni industriel, ni négociant, ni marchand, ni agriculteur. Il ne faisait partie ni de l’Institution royale de la Grande-Bretagne, ni de l’Institution de Londres, ni de l’Institution des Artisans, ni de l’Institution Russell, ni de l’Institution littéraire de l’Ouest, ni de l’Institution du Droit, ni de cette Institution des Arts et des Sciences réunis, qui est placée sous le patronage direct de Sa Gracieuse Majesté. Il n’appartenait enfin à aucune des nombreuses sociétés qui pullulent dans la capitale de l’Angleterre, depuis la Société de l’Armonica jusqu’à la Société entomologique, fondée principalement dans le but de détruire les insectes nuisibles.

Phileas Fogg était membre du Reform-Club, et voilà tout.
A qui s’étonnerait de ce qu’un gentleman aussi mystérieux comptât parmi les membres de cette honorable association, on répondra qu’il passa sur la recommandation de MM. Baring frères, chez lesquels il avait un crédit ouvert. De là une certaine " surface ", due à ce que ses chèques étaient régulièrement payés à vue par le débit de son compte courant invariablement créditeur.

Ce Phileas Fogg était-il riche ? Incontestablement. Mais comment il avait fait fortune, c’est ce que les mieux informés ne pouvaient dire, et Mr. Fogg était le dernier auquel il convînt de s’adresser pour l’apprendre. En tout cas, il n’était prodigue de rien, mais non avare, car partout où il manquait un appoint pour une chose noble, utile ou généreuse, il l’apportait silencieusement et même anonymement.
En somme, rien de moins communicatif que ce gentleman. Il parlait aussi peu que possible, et semblait d’autant plus mystérieux qu’il était silencieux. Cependant sa vie était à jour, mais ce qu’il faisait était si mathématiquement toujours la même chose, que l’imagination, mécontente, cherchait au-delà.

Avait-il voyagé ? C’était probable, car personne ne possédait mieux que lui la carte du monde. Il n’était endroit si reculé dont il ne parût avoir une connaissance spéciale. Quelquefois, mais en peu de mots, brefs et clairs, il redressait les mille propos qui circulaient dans le club au sujet des voyageurs perdus ou égarés ; il indiquait les vraies probabilités, et ses paroles s’étaient trouvées souvent comme inspirées par une seconde vue, tant l’événement finissait toujours par les justifier. C’était un homme qui avait dû voyager partout, – en esprit, tout au moins.

Ce qui était certain toutefois, c’est que, depuis de longues années, Phileas Fogg n’avait pas quitté Londres. Ceux qui avaient l’honneur de le connaître un peu plus que les autres attestaient que – si ce n’est sur ce chemin direct qu’il parcourait chaque jour pour venir de sa maison au club – personne ne pouvait prétendre l’avoir jamais vu ailleurs. Son seul passe-temps était de lire les journaux et de jouer au whist. A ce jeu du silence, si bien approprié à sa nature, il gagnait souvent, mais ses gains n’entraient jamais dans sa bourse et figuraient pour une somme importante à son budget de charité. D’ailleurs, il faut le remarquer, Mr. Fogg jouait évidemment pour jouer, non pour gagner. Le jeu était pour lui un combat, une lutte contre une difficulté, mais une lutte sans mouvement, sans déplacement, sans fatigue, et cela allait à son caractère.

On ne connaissait à Phileas Fogg ni femme ni enfants, – ce qui peut arriver aux gens les plus honnêtes, – ni parents ni amis, – ce qui est plus rare en vérité. Phileas Fogg vivait seul dans sa maison de Saville-row, où personne ne pénétrait. De son intérieur, jamais il n’était question. Un seul domestique suffisait à le servir. Déjeunant, dînant au club à des heures chronométriquement déterminées, dans la même salle, à la même table, ne traitant point ses collègues, n’invitant aucun étranger, il ne rentrait chez lui que pour se coucher, à minuit précis, sans jamais user de ces chambres confortables que le Reform-Club tient à la disposition des membres du cercle. Sur vingt-quatre heures, il en passait dix à son domicile, soit qu’il dormît, soit qu’il s’occupât de sa toilette. S’il se promenait, c’était invariablement, d’un pas égal, dans la salle d’entrée parquetée en marqueterie, ou sur la galerie circulaire, au-dessus de laquelle s’arrondit un dôme à vitraux bleus, que supportent vingt colonnes ioniques en porphyre rouge. S’il dînait ou déjeunait, c’étaient les cuisines, le garde-manger, l’office, la poissonnerie, la laiterie du club, qui fournissaient à sa table leurs succulentes réserves ; c’étaient les domestiques du club, graves personnages en habit noir, chaussés de souliers à semelles de molleton, qui le servaient dans une porcelaine spéciale et sur un admirable linge en toile de Saxe ; c’étaient les cristaux à moule perdu du club qui contenaient son sherry, son porto ou son claret mélangé de cannelle, de capillaire et de cinnamome ; c’était enfin la glace du club – glace venue à grands frais des lacs d’Amérique – qui entretenait ses boissons dans un satisfaisant état de fraîcheur.

Si vivre dans ces conditions, c’est être un excentrique, il faut convenir que l’excentricité a du bon !

La maison de Saville-row, sans être somptueuse, se recommandait par un extrême confort. D’ailleurs, avec les habitudes invariables du locataire, le service s’y réduisait à peu. Toutefois, Phileas Fogg exigeait de son unique domestique une ponctualité, une régularité extraordinaires. Ce jour-là même, 2 octobre, Phileas Fogg avait donné son congé à James Forster – ce garçon s’étant rendu coupable de lui avoir apporté pour sa barbe de l’eau à quatre-vingt-quatre degrés Fahrenheit au lieu de quatre-vingt-six – , et il attendait son successeur, qui devait se présenter entre onze heures et onze heures et demie.

Phileas Fogg, carrément assis dans son fauteuil, les deux pieds rapprochés comme ceux d’un soldat à la parade, les mains appuyées sur les genoux, le corps droit, la tête haute, regardait marcher l’aiguille de la pendule, – appareil compliqué qui indiquait les heures, les minutes, les secondes, les jours, les quantièmes et l’année. A onze heures et demie sonnant, Mr. Fogg devait, suivant sa quotidienne habitude, quitter la maison et se rendre au Reform-Club.

En ce moment, on frappa à la porte du petit salon dans lequel se tenait Phileas Fogg.
James Forster, le congédié, apparut.
" Le nouveau domestique ", dit-il,
Un garçon âgé d’une trentaine d’années se montra et salua.
" Vous êtes Français et vous vous nommez John ? lui demanda Phileas Fogg.
– Jean, n’en déplaise à monsieur, répondit le nouveau venu, Jean Passepartout, un surnom qui m’est resté, et que justifiait mon aptitude naturelle à me tirer d’affaire. Je crois être un honnête garçon, monsieur, mais, pour être franc, j’ai fait plusieurs métiers. J’ai été chanteur ambulant, écuyer dans un cirque, faisant de la voltige comme Léotard, et dansant sur la corde comme Blondin ; puis je suis devenu professeur de gymnastique, afin de rendre mes talents plus utiles, et, en dernier lieu, j’étais sergent de pompiers, à Paris. J’ai même dans mon dossier des incendies remarquables. Mais voilà cinq ans que j’ai quitté la France et que, voulant goûter de la vie de famille, je suis valet de chambre en Angleterre. Or, me trouvant sans place et ayant appris que M. Phileas Fogg était l’homme le plus exact et le plus sédentaire du Royaume-Uni, je me suis présenté chez monsieur avec l’espérance d’y vivre tranquille et d’oublier jusqu’à ce nom de Passepartout ...
– Passepartout me convient, répondit le gentleman. Vous m’êtes recommandé. J’ai de bons renseignements sur votre compte. Vous connaissez mes conditions ?
– Oui, monsieur.
– Bien. Quelle heure avez-vous ?
– Onze heures vingt-deux, répondit Passepartout, en tirant des profondeurs de son gousset une énorme montre d’argent.
– Vous retardez, dit Mr. Fogg.
– Que monsieur me pardonne, mais c’est impossible.
– Vous retardez de quatre minutes. N’importe. Il suffit de constater l’écart. Donc, à partir de ce moment, onze heures vingt-neuf du matin, ce mercredi 2 octobre 1872, vous êtes à mon service."

Cela dit, Phileas Fogg se leva, prit son chapeau de la main gauche, le plaça sur sa tête avec un mouvement d’automate et disparut sans ajouter une parole.

Passepartout entendit la porte de la rue se fermer une première fois : c’était son nouveau maître qui sortait ; puis une seconde fois : c’était son prédécesseur, James Forster, qui s’en allait à son tour.
Passepartout demeura seul dans la maison de Saville-row.

Chapitre I

DANS LEQUEL TIOMIEZ LUPP
ET PATTE D’OURS
S’AGRÉENT COMME OURS-MAÎTRE
ET GARS-OURS DOMESTIQUE


A l’automne de l’an moins 1, la septième grotte de Baskerville road – là-même où, en moins 59, un glorieux gars-ours rhapsode entra dans sa dernière hibernation – abritait Tiomiez Lupp, ours renommé du Cercle-Bel-Ursidé de Long’Ours, éminemment respectable, modèle accompli du gentillours ourse’terrien et qui, avec son dru pelage de dense duvet et de jarre graissé, passait pour un parangon de beauté, inattaquable de la truffe aux griffes. Cependant, parce qu’il s’efforçait de ne jamais donner prétexte à grésillement sur lui, il intriguait et inquiétait même un peu.



D’Ourse’Terre sans conteste, Tiomiez Lupp ne fréquentait pourtant pas le gratin long’oursien. Pas une fois il n’avait posé griffe à Grisbi-Change, Grisbi-Place, ou tout autre grotte notoire du centre boutiquier. Dans les embarcadères et les débarcadères de Long’Ours, pas de trois-troncs affrété par lui. Pas de siège non plus au conseil d’une quelconque oursiété. Pas une fois on ne l’avait entendu au sein d’un aréopage d’ours-plaideurs ou à la Caverne Taboue car oncques il n’avait défendu de controverse devant l’Ours-Connétable, au Tronc de la Grande-Ourse ou au Tronc capélan. On ne le savait pas manufacturier, boutiquier ou gars-ours cambroussard, pas plus qu’adhérent de la Fondation souveraine de l’Ursa-Major, de la Fondation de Long’Ours, de la Fondation allitérante ou de celle des Artifices et Lumières réunis, toutes entre les griffes sourcilleuses de Sa Très Grincheuse Ursidée. Il n’était pas non plus inscrit à l’Oursiété de l’Harmonique-Ourse ou à l’Oursiété insectologique [Note 1: Celle-ci a vocation à promouvoir les hyménoptères et à désagréger, grâce à une décoction de grains de staphisaigre, les groupuscules calamiteux d'agriles et d'agrotis, les gryllobatidés en forme de blattes, les agriotes et les gracilaires multicolores surtout, dont les chenilles font tant de mal aux lilas.]

Tiomiez Lupp se contentait d’adhérer au Cercle-Bel-Ursidé.
On peut être surpris de trouver un gentillours à ce point impénétrable au sein de cette noble compagnie, mais il avait bénéficié du parrainage de mybear Césorp Bros, qui lui gardait son or enterré. Ses rouleaux de change se voyaient toujours très promptement et complètement honorés, d’où le respect qu’on lui portait.

Tiomiez Lupp avait du bien, assurément. D’où lui venait son opulence ? Même les plus avertis l’ignoraient et lui n’en grogna jamais rien. Il n’était point panier percé, pas plus que pingre ou grigou et, s’il se présentait une œuvre ursophile, il y contribuait sans un mot  et même incognito. [
Note 2 : Il appliquait là, sans le savoir, le proverbe panda'landais: "Bon ours ne bruisse pas."]

Ce gentillours aurait pu être muet. Convaincu que la langue est la ruine de l’ours, il ne grognait que très rarement et comme à regret, ce qui le faisait passer, on l’a vu, pour un inquiétant original. Pourtant son existence était limpide et il se montrait en tout prévisible. N’était-ce pas justement ce qui poussait le petit peuple des pipelettes à gratter sans cesse ?
S’il n’avait jamais bourlingué, nulours ne connaissait comme lui la mappemonde. Il montrait une science remarquable de toutes les contrées, même les plus sauvages. Occasionnellement, d’un grommellement aussi concis que brillant, il corrigeait les grésillements du cercle sur les pérégrins dont on restait sans nouvelles. Il exposait ses présomptions, guidé apparemment par un flair visionnaire puisque l’actualité, invariablement, les démontrait.

Il y avait des lustres que Tiomiez Lupp ne s’était absenté, même de Long’Ours. Nulours ne se gobait avoir relevé sa piste en dehors du sentier escarpé qui le menait de sa caverne au cercle. Il n’avait d’autre occupation que le déchiffrage des oursaux et le bridge. Ce divertissement feutré correspondait parfaitement à son tempérament et il y triomphait régulièrement. Ses profits, non négligeables, ne tombaient cependant pas dans sa ceinture. Ils réapparaissaient intégralement au crédit de ses œuvres d’ursophilie. S’il misait, lors de ces tournois immobiles et silencieux qui convenaient à merveille à sa nature, c’était par plaisir, non par attrait du grain.



Tiomiez Lupp, à l’instar de bien des ours très respectables, vivait sans oursonne et donc sans oursons. Mais qui étaient ses ascendants et pourquoi n’avait-il pas d’oursamis ? Cela faisait jaser. Il occupait en solitaire cette caverne de Baskerville road que nulours ne visitait et que lui-même n’évoquait en aucune circonstance. Un unique gars-ours domestique y prenait soin de lui mais il grignotait ponctuellement ses graines, midi et soir, au Cercle-Bel-Ursidé, dans une anfractuosité et à une roche qui lui étaient réservées, n’y conviant ni habitués ni ours de passage, et ne réintégrait sa grotte qu’à la mi-nuit glougloutée, car oncques il ne dormait sur les agréables litières du cercle. Il restait alors ourse heures et demie en sa caverne, à se reposer et à se consacrer à sa fourrure, la démêlant d’un large peigne aux dents rondes soigneusement grelées. Au Bel-Ursidé, quand il souhaitait se dégourdir les pattes, il parcourait mécaniquement la première tanière marquetée de grenadille, puis le triforium ellipsoïdal à la voûte de greenockite jaune de cadmium, étayée par ourse piliers en greenovite rose. Aux repas, les mets les plus délicats, sortis des fastueuses resserres du cercle, arrivaient sur sa roche. Les gars-ours domestiques, ours compassés à la fourrure sombre et aux protège-coussinets silencieux, déposaient devant lui une écuelle du plus beau grès sur un splendide protège-roche de bois de grevillea ajouré, et un gobelet de vermeil empli d’hydromel, de vin cuit à la framboise ou de claret mélangé de miel, de cannelle, de capillaire et de cinnamome. Des glaçons – qui valaient leur pesant d’or quand ils arrivaient des séracs, des growlers ou des lointains icebergs – maintenaient ses granités à la température voulue.

Que vive l’extravagance quand elle permet de mener ainsi son existence !

La caverne de Baskerville road, bien qu’agencée sobrement, offrait beaucoup d’agrément et la routine immuable du maître des lieux y rendait le travail léger. Tiomiez Lupp contraignait cependant son gars-ours domestique à une minutie, à une méticulosité pharamineuses. Le 25 du mois d’Absolu, date à laquelle débute ce récit, il avait licencié Bjørn Luszvis, blâmable d’avoir laissé refroidir son bain à soixante-dix degrés et cinq cent quatre-vingt-dix-huit oursièmes de l’échelle d’hibernation, la température prescrite étant de soixante et ourse degrés et quatre cent quatre oursièmes. Son remplaçant devait arriver vers ourse heures.

Tiomiez Lupp, bien calé dans un confortable rocher creusé, les talons joints à la manière d’un gars-ours militaire, les pattes posées sur les grassets, la gueule auguste, écoutait son chronographe mural – une mécanique sophistiquée qui glougloutait les heures, les minutes, les secondes, les ours, les quantièmes, les mois et l’année. A ourse heures trente, comme toujours, mybear Lupp comptait s’acheminer vers son cercle.

Discrètement, on grogna au seuil de la tanière gravelée de frais où il s’était installé.
Bjørn Luszvis, le disgracié, avança.
" Le gars-ours postulant ", grognonna-t-il, s’effaçant devant un gars-ours de trois oursaines d’années environ qui renifla poliment.
" Urs le Pyrénéen ? s’enquit Tiomiez Lupp.

– Orso, si monours permet, Orso Patte d’Ours, un sobriquet qu’a toujours motivé ma propension à me tirer des pattes de mes ennemis sans même un adieu. Je me considère comme un gars-ours intègre monours, cependant, à grogner sans détour, j’ai eu d’innombrables gagne-miel : grisolleur forain, ours-cycliste dans un amphithéâtre, gymnosophiste, oursfesseur d’agrès et, plus récemment, chef-ours pyrofuge à Par’Isours. J’ai d’ailleurs à mon tableau des embrasements mémorables. Ayant déguerpi de Frog’Land depuis un lustre, je suis devenu gars-ours domestique en Ourse’Terre pour mieux jouir de ma tranquillité. On grésille que vous êtes extrêmement régulier et casanier et, actuellement libre, je serais fort satisfait de vous servir et de gratter enfin ce sobriquet de Patte d’Ours ...

– Il n’est point de sots métiers et Patte d’Ours m’agrée, le coupa le gentillours. Vous me semblez débrouillard et on m’a fourni à votre sujet d’élogieux grognottements. Vous plierez-vous à mes exigences ?
– Certes, monours.
– Parfait. Que glougloute votre chronographe ?
– Ourse heures et deux fois ourse minutes, grogna Patte d’Ours après avoir extrait de sa ceinture une extraordinaire mécanique ciselée.
– Vous battez la breloque, grommela Myb. Lupp.
– Faites excuse mybear, ce serait ébouriffant.
– De trois minutes. Mais inutile d’en faire du foin. Gravons la déviation une fois pour toutes et grognons qu’à ourse heures vingt-cinq, ce mercredi 25 du mois d’Absolu, vous voilà engagé. "

Tiomiez Lupp se redressa, grippa sa ceinture posée près de lui, l’agrafa et s’éloigna posément.

Patte d’Ours perçut un roulement de rocher : son ours-maître partait. Il en perçut un autre : son devancier, Bjørn Luszvis, quittait également les lieux.

Il restait l’unique occupant de la caverne de Baskerville road.

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