Chapitre XI
OÙ PHILEAS FOGG ACHÈTE UNE
MONTURE Á UN PRIX FABULEUX
Le train était parti à lheure réglementaire. Il emportait un
certain nombre de voyageurs, quelques officiers, des fonctionnaires civils et des
négociants en opium et en indigo, que leur commerce appelait dans la partie orientale de
la péninsule.
Passepartout occupait le même compartiment que son maître. Un troisième voyageur se
trouvait placé dans le coin opposé.
Cétait le brigadier général, Sir Francis Cromarty, lun des partenaires de
Mr. Fogg pendant la traversée de Suez à Bombay, qui rejoignait ses troupes cantonnées
auprès de Bénarès.
Sir Francis Cromarty, grand, blond, âgé de cinquante ans environ, qui sétait fort
distingué pendant la dernière révolte des cipayes, eût véritablement mérité la
qualification dindigène. Depuis son jeune âge, il habitait lInde et
navait fait que de rares apparitions dans son pays natal. Cétait un homme
instruit, qui aurait volontiers donné des renseignements sur les coutumes,
lhistoire, lorganisation du pays indou, si Phileas Fogg eût été homme à
les demander. Mais ce gentleman ne demandait rien. Il ne voyageait pas, il décrivait une
circonférence. Cétait un corps grave, parcourant une orbite autour du globe
terrestre, suivant les lois de la mécanique rationnelle. En ce moment, il refaisait dans
son esprit le calcul des heures dépensées depuis son départ de Londres, et il se fût
frotté les mains, sil eût été dans sa nature de faire un mouvement inutile.
Sir Francis Cromarty nétait pas sans avoir reconnu loriginalité de son
compagnon de route, bien quil ne leût étudié que les cartes à la main et
entre deux robres. Il était donc fondé à se demander si un cur humain battait
sous cette froide enveloppe, si Phileas Fogg avait une âme sensible aux beautés de la
nature, aux aspirations morales. Pour lui, cela faisait question. De tous les originaux
que le brigadier général avait rencontrés, aucun nétait comparable à ce produit
des sciences exactes.
Phileas Fogg navait point caché à Sir Francis Cromarty son projet de voyage autour
du monde, ni dans quelles conditions il lopérait. Le brigadier général ne vit
dans ce pari quune excentricité sans but utile et à laquelle manquerait
nécessairement le transire benefaciendo qui doit guider tout homme raisonnable. Au train
dont marchait le bizarre gentleman, il passerait évidemment sans rien faire
, ni pour lui, ni pour les autres.
Une heure après avoir quitté Bombay, le train, franchissant les viaducs, avait traversé
lîle Salcette et courait sur le continent. A la station de Callyan, il laissa sur
la droite lembranchement qui, par Kandallah et Pounah, descend vers le sud-est de
lInde, et il gagna la station de Pauwell. A ce point, il sengagea dans les
montagnes très ramifiées des Ghâtes-Occidentales, chaînes à base de trapp et de
basalte, dont les plus hauts sommets sont couverts de bois épais.
De temps à autre, Sir Francis Cromarty et Phileas Fogg échangeaient quelques paroles,
et, à ce moment, le brigadier général, relevant une conversation qui tombait souvent,
dit :
Il y a quelques années, monsieur Fogg, vous auriez éprouvé en cet endroit un
retard qui eût probablement compromis votre itinéraire.
Pourquoi cela, Sir Francis ?
Parce que le chemin de fer sarrêtait à la base de ces montagnes, quil
fallait traverser en palanquin ou à dos de poney jusquà la station de Kandallah,
située sur le versant opposé.
Ce retard neût aucunement dérangé léconomie de mon programme,
répondit Mr. Fogg. Je ne suis pas sans avoir prévu léventualité de certains
obstacles.
Cependant, monsieur Fogg, reprit le brigadier général, vous risquiez davoir
une fort mauvaise affaire sur les bras avec laventure de ce garçon.
Passepartout, les pieds entortillés dans sa couverture de voyage, dormait profondément
et ne rêvait guère que lon parlât de lui.
Le gouvernement anglais est extrêmement sévère et avec raison pour ce genre de
délit, reprit Sir Francis Cromarty. Il tient par-dessus tout à ce que lon respecte
les coutumes religieuses des Indous, et si votre domestique eût été pris ...
Eh bien, sil eût été pris, Sir Francis, répondit Mr. Fogg, il aurait
été condamné, il aurait subi sa peine, et puis il serait revenu tranquillement en
Europe. Je ne vois pas en quoi cette affaire eût pu retarder son maître !
Et, là-dessus, la conversation retomba. Pendant la nuit, le train franchit les Ghâtes,
passa à Nassik, et le lendemain, 21 octobre, il sélançait à travers un pays
relativement plat, formé par le territoire du Khandeish. La campagne, bien cultivée,
était semée de bourgades, au-dessus desquelles le minaret de la pagode remplaçait le
clocher de léglise européenne. De nombreux petits cours deau, la plupart
affluents ou sous-affluents du Godavery, irriguaient cette contrée fertile.
Passepartout, réveillé, regardait, et ne pouvait croire quil traversait le pays
des Indous dans un train du Great peninsular railway . Cela lui
paraissait invraisemblable. Et cependant rien de plus réel ! La locomotive, dirigée
par le bras dun mécanicien anglais et chauffée de houille anglaise, lançait sa
fumée sur les plantations de caféiers, de muscadiers, de girofliers, de poivriers
rouges. La vapeur se contournait en spirales autour des groupes de palmiers, entre
lesquels apparaissaient de pittoresques bungalows, quelques viharis, sortes de monastères
abandonnés, et des temples merveilleux quenrichissait linépuisable
ornementation de larchitecture indienne. Puis, dimmenses étendues de terrain
se dessinaient à perte de vue, des jungles où ne manquaient ni les serpents ni les
tigres quépouvantaient les hennissements du train, et enfin des forêts, fendues
par le tracé de la voie, encore hantées déléphants, qui, dun il
pensif, regardaient passer le convoi échevelé.
Pendant cette matinée, au-delà de la station de Malligaum, les voyageurs traversèrent
ce territoire funeste, qui fut si souvent ensanglanté par les sectateurs de la déesse
Kâli. Non loin sélevaient Ellora et ses pagodes admirables, non loin la célèbre
Aurungabad, la capitale du farouche Aureng-Zeb, maintenant simple chef-lieu de lune
des provinces détachées du royaume du Nizam. Cétait sur cette contrée que
Feringhea, le chef des Thugs, le roi des Étrangleurs, exerçait sa domination. Ces
assassins, unis dans une association insaisissable, étranglaient, en lhonneur de la
déesse de la Mort, des victimes de tout âge, sans jamais verser de sang, et il fut un
temps où lon ne pouvait fouiller un endroit quelconque de ce sol sans y trouver un
cadavre. Le gouvernement anglais a bien pu empêcher ces meurtres dans une notable
proportion, mais lépouvantable association existe toujours et fonctionne encore.
A midi et demi, le train sarrêta à la station de Burhampour, et Passepartout put
sy procurer à prix dor une paire de babouches, agrémentées de perles
fausses, quil chaussa avec un sentiment dévidente vanité.
Les voyageurs déjeunèrent rapidement, et repartirent pour la station dAssurghur,
après avoir un instant côtoyé la rive du Tapty, petit fleuve qui va se jeter dans le
golfe de Cambaye, près de Surate.
Il est opportun de faire connaître quelles pensées occupaient alors lesprit de
Passepartout. Jusquà son arrivée à Bombay, il avait cru et pu croire que ces
choses en resteraient là. Mais maintenant, depuis quil filait à toute vapeur à
travers lInde, un revirement sétait fait dans son esprit. Son naturel lui
revenait au galop. Il retrouvait les idées fantaisistes de sa jeunesse, il prenait au
sérieux les projets de son maître, il croyait à la réalité du pari, conséquemment à
ce tour du monde et à ce maximum de temps, quil ne fallait pas dépasser. Déjà
même, il sinquiétait des retards possibles, des accidents qui pouvaient survenir
en route. Il se sentait comme intéressé dans cette gageure, et tremblait à la pensée
quil avait pu la compromettre la veille par son impardonnable badauderie. Aussi,
beaucoup moins flegmatique que Mr. Fogg, il était beaucoup plus inquiet. Il comptait et
recomptait les jours écoulés, maudissait les haltes du train, laccusait de lenteur
et blâmait in petto Mr. Fogg de navoir pas promis une prime au mécanicien. Il ne
savait pas, le brave garçon, que ce qui était possible sur un paquebot ne létait
plus sur un chemin de fer, dont la vitesse est réglementée.
Vers le soir, on sengagea dans les défilés des montagnes de Sutpour, qui séparent
le territoire du Khandeish de celui du Bundelkund.
Le lendemain, 22 octobre, sur une question de Sir Francis Cromarty, Passepartout, ayant
consulté sa montre, répondit quil était trois heures du matin. Et, en effet,
cette fameuse montre, toujours réglée sur le méridien de Greenwich, qui se trouvait à
près de soixante-dix-sept degrés dans louest, devait retarder et retardait en
effet de quatre heures.
Sir Francis rectifia donc lheure donnée par Passepartout, auquel il fit la même
observation que celui-ci avait déjà reçue de la part de Fix. Il essaya de lui faire
comprendre quil devait se régler sur chaque nouveau méridien, et que,
puisquil marchait constamment vers lest, cest-à-dire au-devant du
soleil, les jours étaient plus courts dautant de fois quatre minutes quil y
avait de degrés parcourus. Ce fut inutile. Que lentêté garçon eût compris ou
non lobservation du brigadier général, il sobstina à ne pas avancer sa
montre, quil maintint invariablement à lheure de Londres. Innocente manie,
dailleurs, et qui ne pouvait nuire à personne.
A huit heures du matin et à quinze milles en avant de la station de Rothal, le train
sarrêta au milieu dune vaste clairière, bordée de quelques bungalows et de
cabanes douvriers. Le conducteur du train passa devant la ligne des wagons en disant
:
Les voyageurs descendent ici.
Phileas Fogg regarda Sir Francis Cromarty, qui parut ne rien comprendre à cette halte au
milieu dune forêt de tamarins et de khajours.
Passepartout, non moins surpris, sélança sur la voie et revint presque aussitôt,
sécriant :
Monsieur, plus de chemin de fer !
Que voulez-vous dire ? demanda Sir Francis Cromarty.
Je veux dire que le train ne continue pas !
Le brigadier général descendit aussitôt de wagon. Phileas Fogg le suivit, sans se
presser. Tous deux sadressèrent au conducteur :
Où sommes-nous ? demanda Sir Francis Cromarty.
Au hameau de Kholby, répondit le conducteur.
Nous nous arrêtons ici ?
Sans doute. Le chemin de fer nest point achevé ...
Comment ! il nest point achevé ?
Non ! il y a encore un tronçon dune cinquantaine de milles à établir
entre ce point et Allahabad, où la voie reprend.
Les journaux ont pourtant annoncé louverture complète du railway !
Que voulez-vous, mon officier, les journaux se sont trompés.
Et vous donnez des billets de Bombay à Calcutta ! reprit Sir Francis
Cromarty, qui commençait à séchauffer.
Sans doute, répondit le conducteur, mais les voyageurs savent bien quils
doivent se faire transporter de Kholby jusquà Allahabad.
Sir Francis Cromarty était furieux. Passepartout eût volontiers assommé le conducteur,
qui nen pouvait mais. Il nosait regarder son maître.
Sir Francis, dit simplement Mr. Fogg, nous allons, si vous le voulez bien, aviser
au moyen de gagner Allahabad.
Monsieur Fogg, il sagit ici dun retard absolument préjudiciable à vos
intérêts ?
Non, Sir Francis, cela était prévu.
Quoi ! vous saviez que la voie ...
En aucune façon, mais je savais quun obstacle quelconque surgirait tôt ou
tard sur ma route. Or, rien nest compromis. Jai deux jours davance à
sacrifier. Il y a un steamer qui part de Calcutta pour Hong-Kong le 25 à midi. Nous ne
sommes quau 22, et nous arriverons à temps à Calcutta.
Il ny avait rien à dire à une réponse faite avec une si complète assurance.
Il nétait que trop vrai que les travaux du chemin de fer sarrêtaient à ce
point. Les journaux sont comme certaines montres qui ont la manie davancer, et ils
avaient prématurément annoncé lachèvement de la ligne. La plupart des voyageurs
connaissaient cette interruption de la voie, et, en descendant du train, ils
sétaient emparés des véhicules de toutes sortes que possédait la bourgade,
palki-gharis à quatre roues, charrettes traînées par des zébus, sortes de bufs
à bosses, chars de voyage ressemblant à des pagodes ambulantes, palanquins, poneys, etc.
Aussi Mr. Fogg et Sir Francis Cromarty, après avoir cherché dans toute la bourgade,
revinrent-ils sans avoir rien trouvé.
Jirai à pied , dit Phileas Fogg.
Passepartout qui rejoignait alors son maître, fit une grimace significative, en
considérant ses magnifiques mais insuffisantes babouches. Fort heureusement il avait
été de son côté à la découverte, et en hésitant un peu :
Monsieur, dit-il, je crois que jai trouvé un moyen de transport.
Lequel ?
Un éléphant ! Un éléphant qui appartient à un Indien logé à cent pas
dici.
Allons voir léléphant , répondit Mr. Fogg.
Cinq minutes plus tard, Phileas Fogg, Sir Francis Cromarty et Passepartout arrivaient
près dune hutte qui attenait à un enclos fermé de hautes palissades. Dans la
hutte, il y avait un Indien, et dans lenclos, un éléphant. Sur leur demande,
lIndien introduisit Mr. Fogg et ses deux compagnons dans lenclos.
Là, ils se trouvèrent en présence dun animal, à demi domestiqué, que son
propriétaire élevait, non pour en faire une bête de somme, mais une bête de combat.
Dans ce but, il avait commencé à modifier le caractère naturellement doux de
lanimal, de façon à le conduire graduellement à ce paroxysme de rage appelé
mutsh dans la langue indoue, et cela, en le nourrissant pendant trois mois
de sucre et de beurre. Ce traitement peut paraître impropre à donner un tel résultat,
mais il nen est pas moins employé avec succès par les éleveurs. Très
heureusement pour Mr. Fogg, léléphant en question venait à peine dêtre mis
à ce régime, et le mutsh ne sétait point encore déclaré.
Kiouni cétait le nom de la bête pouvait, comme tous ses
congénères, fournir pendant longtemps une marche rapide, et, à défaut dautre
monture, Phileas Fogg résolut de lemployer.
Mais les éléphants sont chers dans lInde, où ils commencent à devenir rares. Les
mâles, qui seuls conviennent aux luttes des cirques, sont extrêmement recherchés. Ces
animaux ne se reproduisent que rarement, quand ils sont réduits à létat de
domesticité, de telle sorte quon ne peut sen procurer que par la chasse.
Aussi sont-ils lobjet de soins extrêmes, et lorsque Mr. Fogg demanda à
lIndien sil voulait lui louer son éléphant, lIndien refusa net.
Fogg insista et offrit de la bête un prix excessif, dix livres (250 F) lheure.
Refus. Vingt livres ? Refus encore. Quarante livres ? Refus toujours. Passepartout
bondissait à chaque surenchère. Mais lIndien ne se laissait pas tenter.
La somme était belle, cependant. En admettant que léléphant employât quinze
heures à se rendre à Allahabad, cétait six cents livres (15 000 F) quil
rapporterait à son propriétaire.
Phileas Fogg, sans sanimer en aucune façon, proposa alors à lIndien de lui
acheter sa bête et lui en offrit tout dabord mille livres (25 000 F).
LIndien ne voulait pas vendre ! Peut-être le drôle flairait-il une magnifique
affaire.
Sir Francis Cromarty prit Mr. Fogg à part et lengagea à réfléchir avant
daller plus loin. Phileas Fogg répondit à son compagnon quil navait
pas lhabitude dagir sans réflexion, quil sagissait en fin de
compte dun pari de vingt mille livres, que cet éléphant lui était nécessaire, et
que, dût-il le payer vingt fois sa valeur, il aurait cet éléphant.
Mr. Fogg revint trouver lIndien, dont les petits yeux, allumés par la convoitise,
laissaient bien voir que pour lui ce nétait quune question de prix. Phileas
Fogg offrit successivement douze cents livres, puis quinze cents, puis dix-huit cents,
enfin deux mille (50 000 F). Passepartout, si rouge dordinaire, était pâle
démotion.
A deux mille livres, lIndien se rendit.
Par mes babouches, sécria Passepartout, voilà qui met à un beau prix la
viande déléphant !
Laffaire conclue, il ne sagissait plus que de trouver un guide. Ce fut plus
facile. Un jeune Parsi, à la figure intelligente, offrit ses services. Mr. Fogg accepta
et lui promit une forte rémunération, qui ne pouvait que doubler son intelligence.
Léléphant fut amené et équipé sans retard. Le Parsi connaissait parfaitement le
métier de mahout ou cornac. Il couvrit dune sorte de housse le dos de
léléphant et disposa, de chaque côté sur ses flancs, deux espèces de cacolets
assez peu confortables.
Phileas Fogg paya lIndien en bank-notes qui furent extraites du fameux sac. Il
semblait vraiment quon les tirât des entrailles de Passepartout. Puis Mr. Fogg
offrit à Sir Francis Cromarty de le transporter à la station dAllahabad. Le
brigadier général accepta. Un voyageur de plus nétait pas pour fatiguer le
gigantesque animal.
Des vivres furent achetées à Kholby. Sir Francis Cromarty prit place dans lun des
cacolets, Phileas Fogg dans lautre. Passepartout se mit à califourchon sur la
housse entre son maître et le brigadier général. Le Parsi se jucha sur le cou de
léléphant, et à neuf heures lanimal, quittant la bourgade,
senfonçait par le plus court dans lépaisse forêt de lataniers.
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Chapitre XI
OÙ LOLIPHANT FAIT FLORÈS
SUR LE MARCHÉ
Le
grand-tronc sétait ébranlé sans retard. Divers pérégrins avaient pris place
dans les refuges : manitous, gars-ours bureaucrates et gratte-papier, margoulins
droguistes, tripoteurs dillettes et indigoteurs, tous conduits par leurs
affaires à lest du trigone.
Patte dOurs ronflait, lové aux pieds de son ours-maître, et un autre pérégrin se
tenait dans une encoignure de leur refuge.
Myb. Lupp reconnut le cinquantenier Ours Kaassis GrosGrizzly, bridgeur acharné du
Mongourslia. Il galopait derrière son escadron bivouaqué à Ciresiz.
Trapu, le poil doré, dans la force de son âge, maintes fois décoré pour bravoure lors
des massacres de lannée moins 7, Ours Kaassis GrosGrizzly aurait pu passer pour un
authentique RousseTerrien. Ourson déjà, il vivait sur ce territoire et ne
connaissait pas celui de ses ancêtres. Imbattable sur les mythes et légendes, les
superstitions, les traditions, les anecdotes, la chronologie des intrigues et la comédie
du pouvoir de la RousseTerre, il eût été fort désireux den discourir
longuement devant Tiomiez Lupp à la moindre question de ce dernier. Hélas pour lui, ce
gentillours nétait point grommeleur. Pour lheure, regardant distraitement la
lune qui se levait elle décroissait depuis quatre nuits et un cinquième de sa
surface avait déjà été mangé, il additionnait mentalement la durée de ses
étapes, et tout autre que lui eût sans doute poussé un soupir de satisfaction.
Ours Kaassis GrosGrizzly, durant les heures passées sur le Mongourslia à claquer les
brèmes sur la roche, avait remarqué la bizarrerie baroque de son partenaire de bridge.
Il ignorait cependant si, derrière sa cuirasse, Lupp éprouvait intérêt ou empathie
pour ses semblables ou même simplement sil appréciait les merveilles
paléobotaniques et phytobiologiques de la nature. Il en doutait plutôt : ce
nétait pas un ours que cet ours-là !
Tiomiez Lupp ayant évoqué un soir sa gageure des quatre-vingts ours, le cinquantenier
avait instinctivement détesté cette contrainte vaine qui napporterait de
bénéfice à nulours, même pas à son auteur : traversant le monde au triple galop,
sans pause ni répit, loriginal ny laisserait pas la moindre trace et
nen apprendrait rien non plus.
La lune était levée quand les troncs inclinés, filant sur les ouvrages dart en
bambou typiques de cette région, enjambaient le bras de mer qui sépare Zemdivvi du
trigone rousseterrien. Après la caverne étape de Démmær, une partie du convoi
plongea vers Qèrgémmèj, Tuyrèj et lorient méridional. Nos pérégrins, eux,
rejoignirent directement la caverne étape de Teÿbimm, pénétrant là dans
dépaisses et lugubres forêts de gravelins pédonculés encroûtés de graphides,
sur le territoire montagneux des très sombres Pjêviz, basses de basalte et de lave.
Il arrivait quand même quOurs Kaassis GrosGrizzly et Tiomiez Lupp grommelassent de
concert et le cinquantenier, désireux de ranimer un grésillement défaillant, grognonna
soudain :
Antan, ce même convoi qui nous porte aurait occasionné un fort préjudice à
votre quête, monours Lupp.
Ah ?
Cest quil calait devant les Pjêviz alors, et les pérégrins devaient
louer les services de gars-ours porteurs ou même trottiner longtemps avant
datteindre la caverne étape de Qèrgémmèj, sur la raillère de lubac.
Un contretemps, certes, grommela Myb. Lupp, mais le temps, ça se calcule.
Admettez monours Lupp, grogna le cinquantenier les dents un peu agacées de
lhumeur toujours égale de son vis-à-vis , que vous auriez pu avoir bien
du tintouin après la malencontre de votre gars-ours !
Patte dOurs, les griffes et la truffe sous son réchauffe-fourrure, ronflait
béatement.
La bureaucratie centrale ne plaisante pas avec ces sortes dexploits, et
cest bien le moins, précisa Ours Kaassis. Votre gars-ours domestique se serait-il
fait agriffer dans la caverne sacrée pour sêtre moqué des crédulités et
superstitions officielles que ...
Que mimporte, Ours Kaassis, grommela Myb. Lupp. Agriffé, on laurait
jeté dans un cul de basse-fosse, puis banni et renvoyé en Oursope. Rien là-dedans qui
pût ralentir ma progression !
Et le grésillement cessa. La lune atteignait son zénith. Le convoi des troncs inclinés
sortit des Pjêviz, fit étape à Rézzoq et, avant laube du 16 Haha, il entrait
dans la province du Qiergozi. Cette région agricole, riche de bugranes et dagrumes,
de grenadelles sucrées et de grewias duveteux aux petits fruits onctueux, offrait à la
vue des pérégrins de belles agglomérations de refuges troglodytes. Partout des chenaux
paisibles, des ruisseaux murmurants, des rivières tranquilles, allant tous grossir le
Pugéwisa, baignaient ces terres généreuses.
Patte dOurs, alerte et excité, humait lair au travers des cannisses des
parois et du toit, tout ébouriffé de parcourir la RousseTerre sur un tronc
incliné du Great peninsular wheels-trunk . Cétait
extravagant, stupéfiant, sidérant, mais pourtant il ne rêvait pas ! La machine,
gorgée danthracite, semblait fouaillée par son conducteur. Il sen échappait
des volutes bouillonnantes qui cachaient en partie les cultures de combavas aux feuilles
ailées, de tamarins, de crotons et de caramboles, et senroulaient dans les
cocoteraies et bambouseraies. On apercevait fugitivement de curieuses grottes
peut-être toujours occupées , des vestiges danciens moustiers où priaient
encore de vénérables ours dévots, et dextraordinaires cavernes taboues, gravées
des cryptogrammes les plus sacrés de lart des Temps des Ours Anciens, et de
quelques épigrammes aussi, dont le sens sest perdu maintenant. La plaine toujours,
infinie, semblait fuir devant les pérégrins. Cétait devenu un interminable
marécage couvert dune végétation épaisse et exubérante où grouillaient
vipères portant la marque dun fer de lance sur leur front écrasé, cérastes aux
protubérances menaçantes, hydres verdâtres et visqueuses, aspics aux crochets mobiles,
trigonocéphales jaunes, crotales au museau court et à la robe noirâtre, faisant sonner
les osselets de leur queue et amphisbènes aux yeux cerclés dun disque clair comme
ceux des hiboux. A lhorizon, des forêts de greenhearts1 comme
scarifiées par les rails des troncs inclinés. Là rêvaient des oliphants méditatifs et
indifférents au vacarme du monde. [
Note 1 : Ces forêts abritent aigrettes, grands-gosiers, gravissets et grimpereaux. Depuis
le Temps des Ours Anciens, leurs magnifiques arbres penchés fournissent les mâts des
navires . ]
Longtemps, les pérégrins parcoururent ces régions malsaines où sévissent encore des
égorgeurs fanatiques. Ils entrevirent ensuite la grandiose Immusé, ses cavernes taboues,
et reniflèrent la légendaire EysyrPécèg berceau dEysir-Zob
liconoclaste dont la splendeur a terni au fil du temps. Sur ces terres,
Hérringannã, seigneur maléfique, gouvernait encore sans partage. Ses éventreurs, dont
aucun jamais navait été capturé, écorchaient et étripaient aveuglément oursons
à la mamelle, oursonnes et vieux ours édentés, et nulours ne fougeait le sol sans
déranger une charogne doù sortaient de noirs bataillons de larves qui coulaient
comme un épais liquide. La bureaucratie centrale a vainement tenté danéantir ces
sectateurs de Qêmo, Grande-Ourse de la mort : leffroyable oursiété continue
de faire régner la terreur.
Alors que le soleil commençait sa course au ponant, le convoi des troncs inclinés fit
halte à la caverne étape de Cysjentuÿs et Patte dOurs marchanda des
protège-coussinets dintérieur joliment ornés dune escarboucle grenat. Il
les fixa aussitôt à ses pattes avec un plaisir dourson.
Les pérégrins grignotèrent quelques graminées grillées et de succulents illets
grenadins, odorants et bien sucrés, puis se remirent en route vers la caverne étape
dEzzyspys sur la Vétvä, cours deau rejoignant la baie de Denceai à Jyvésy.
Mais à quoi donc songeait Patte dOurs ? La veille encore il simaginait
creuser leur tanière à Cuncéã. Lancé ce matin à travers la RousseTerre, il
avait cette fois changé son balluchon dépaule. Le goût de laventure le
titillait de nouveau. Très excité, il épousait à présent les desseins de son
ours-maître, embrassait sa gageure, faisait siennes cette course autour du globe et la
terrible contrainte des quatre-vingts ours. Voilà quil sépouvantait quand
les troncs inclinés ralentissaient, quil frémissait à lidée dune
panne, quil sébouriffait de crainte en évoquant les innombrables
tribulations qui guettent tout pérégrin. Il naurait pas été plus anxieux
sil avait engagé son propre pécule, et trémulait de rage davoir mis en
péril leur réussite à Cuncéã. Loin de la sérénité de Myb. Lupp, il devint
bigrement fiévreux. Il additionnait et soustrayait les secondes, vouait aux gémonies le
convoi avec son allure cagouillarde et faillit même dauber son ours-maître, qui avait
négligé de graisser la patte aux chauffeurs. Lhonnête gars-ours ignorait que le
chauffeur dune motrice, placé sous le contrôle arbitraire mais sévère de la
bureaucratie centrale, navait pas la liberté de celui dun cabotier.
Au crépuscule, ils empruntèrent les canyons des Zyvtuÿs unissant le Qiergozi au
Cyrkyrg, et y sinuèrent toute la nuit.
Le soleil était déjà levé quand, à la demande dOurs Kaassis, Patte dOurs
observa son chronographe et annonça trois heures après minuit. Noublions pas que
le fameux chronographe grenait imperturbablement lheure de LongOurs,
quil sétait déplacé de soixante-dix-sept degrés vers lest, et
quil glougloutait donc quatre heures et huit minutes de moins que le soleil.
Ours Kaassis calcula lheure exacte et suggéra à Patte dOurs ce quavait
déjà suggéré le gars-ours pandore, sattirant les mêmes réponses. Il expliqua
patiemment que seul le soleil donnait lheure de lours et que, si on galopait
sans cesse au-devant de cet astre, une minute se perdait chaque fois quon grignotait
un quart de degré. Rien ny fit. Patte dOurs écouta-t-il ? Il se goba en
tous cas de ne jamais traficoter son chronographe, aimant mieux, grognait-il, vivre au
rythme de ses pères. Myb. Lupp, lui, nentendit rien : il dormait !
Occupation sans conséquence ... apparemment.
Cinquante minutes plus tard et quarante-sept mille sept cent Pieds dours après la
caverne étape de Suvjèm, le grand-tronc simmobilisa dans une large sommière, trou
de verdure abritant une oursaine de tanières. Le mécanicien courut le long des troncs
inclinés, glapissant avec autorité :
Tous les pérégrins, griffe à terre !
Tiomiez Lupp se tourna vers Ours Kaassis GrosGrizzly mais celui-ci, pour une fois, restait
à court dexplications. Ils étaient entourés de khajours et de papilionacées
sélevant à plus de quatorze Pieds dOurs, aux feuilles stipulées, couverts
de fleurs jaunes et rouges et de fruits en forme de gousse.
Patte dOurs, parti au nouvelles, réapparut consterné, sétranglant de
rage :
Par lOurse-Noire, ils ont volé les rails !
Mais que grognez-vous là ? sétonna Ours Kaassis.
Plus de rails, notre pérégrination est à leau ! glapit
Patte dOurs désespéré.
Le cinquantenier sauta vivement du tronc, laissant limperturbable Tiomiez Lupp
derrière lui, et il interpella le gars-ours chauffeur :
Quel est ce lieu ?
Qjumcã, monours.
Pourquoi y faites-vous halte ?
Les traverses ne sont pas posées ...
Pas posées ! Mais cest tout à fait impossible !
Voyez vous-même ! Il sen faut de huit Courses dOurs, neuf mille
cent cinquante-deux Pieds dOurs, deux Griffes, un Poil et deux cent soixante-quatre
oursièmes pour gagner Emméjecêg et retrouver les rails.
Mais tous les oursaux grognottaient linauguration du wheels-trunk !
Ils ont anticipé, monours, comme toujours.
Vous marchandez cependant des jetons de Cuncéã à KelkudOurse !
sénerva Ours Kaassis GrosGrizzly dont la truffe se hérissonnait dangereusement.
Evidemment ! grogna le gars-ours chauffeur. Aucun pérégrin nignore
quil aura à se débrouiller entre Qjumcã et Emméjecêg !
Patte dOurs envisageait de démancher le malheureux gars-ours chauffeur, bien
innocent pourtant. Il imaginait que son ours-maître venait de recevoir un coup fatal.
Ours Kaassis, grommela Myb. Lupp qui les avait rejoints, pensons plutôt à
nous rendre à Emméjecêg sans tarder.
Sans tarder ! Quand tout est perdu !
Certes pas, Ours Kaassis, je my attendais.
Comment donc ? On vous avait informé du chantier ...
Bien sûr que non ! Cependant nous devions forcément finir par achopper sur
quelque pierre. Tout va bien, rassurez-vous. Jai pour linstant gagné deux
ours sur mon planigramme. Le prochain navire vers King-Kong-Bear quitte KelkudOurse
le 20 au zénith, dans trois ours : nous grimperons donc sur ce
bateau !
Que contregrognonner devant une affirmation si tranquille.
Les autres pérégrins, mieux informés, sétaient déjà précipités sur tous les
équipages disponibles : guimbardes attelées à de grands bovidés faméliques
malgré leur gibbosité graisseuse, pousse-pousse brinquebalants, fardiers à deux roues,
jardinières légères, pataches mal suspendues, poussettes et litières à gars-ours
porteurs. Myb. Lupp et Ours Kaassis GrosGrizzly, moins rapides, restèrent donc le bec
dans leau.
Quimporte, nous trotterons , décida Tiomiez Lupp.
Patte dOurs, de retour à cet instant, grigna comiquement : il songeait à ses
splendides mais bien peu pratiques protège-coussinets dintérieur. Par bonheur, il
avait relevé une piste intéressante.
Je nous ai peut-être déniché un véhicule, monours.
Comment cela ?
Il sagit dun oliphant ! Un oliphant hébergé par un
RousseTerrien.
Examinons cet oliphant , grommela Myb. Lupp.
En quelques foulées rapides, Tiomiez Lupp, Ours Kaassis GrosGrizzly et Patte dOurs
atteignirent un ajoupa rustique, adossé à une lice ceinte dun pourpris
dacacias tressés. A lintérieur de lajoupa se tenait un
RousseTerrien et derrière le pourpris, un oliphant gris comme une souris, grand
comme une tanière, le nez comme un serpent. Le propriétaire fit entrer nos trois ours
dans la lice pour quils contemplent la très grosse bête partiellement
apprivoisée, promise à la lutte et aux jeux du cirque. Encore fallait-il que
lanimal tendre et câlin de nature soit gagné dune frénésie
meurtrière et, à cette fin, on labecquerait uniquement de gras greubons grillés,
dhygrophores écarlates et de tigridias mouchetés. Un pareil régime, aussi
surprenant soit-il, a depuis des siècles fait ses preuves chez les meilleurs
entraîneurs. Par bonheur, loliphant ne lavait pas commencé et possédait
donc encore tout son bon sens.
Kioursni ainsi le surnommait-on partageait avec ceux de son espèce la
faculté de galoper sans souffler de nombreuses Courses dOurs et, faute dun
véhicule plus commun, Tiomiez Lupp décida de le louer.
Les oliphants, en voie dextinction, sont devenus très précieux en
RousseTerre. Les étalons surtout cest la testostérone en fait qui,
excitée par ce régime étrange, leur monte au cerveau et les rend agressifs et méchants
sont particulièrement prisés. Mais ces grosses bêtes ne saccouplant jamais
en captivité, seule la tenderie avec rets et leurres permet de renouveler le cheptel. On
vénère donc au plus haut point ceux que lon possède, et le RousseTerrien
naccepta pas daffermer son protégé.
Myb. Lupp, très calme, proposa de payer vingt-huit Ours dor, huit Pénis, dix-sept
Canines et six cent cinquante-huit Oursings tous les ourse mille Pieds dOurs
parcourus, tarif déjà exorbitant. Lautre nagréa pas. Cinquante-sept Ours
dor ? Rien à faire. Cent quatorze Ours dor ? Jamais ! Patte
dOurs soubresautait à chaque pincée dor jetée sur le trébuchet. Le
propriétaire, lui, ne fléchissait point.
Et pourtant, cest la fortune quon lui offrait là : en galopant
jusquà Emméjecêg, la grosse bête gagnerait mille sept cent dix Ours dor,
seize Pénis, une Canine et quatre cent quatre-vingt-treize Oursings !
Tiomiez Lupp, toujours serein, décida de marchander la propriété de lanimal et
compléta sa petite pyramide à deux mille huit cent cinquante et un Ours dor, neuf
Pénis, dix-sept Canines et huit cent vingt-deux Oursings.
Le bougre reniflait-il une séculaire aubaine ? glapissait quil
ne cameloterait jamais !
Ours Kaassis GrosGrizzly tira Myb. Lupp de côté et lavertit quil courait à
sa perte. Tiomiez Lupp grommela quil nétait point écervelé : même à
ourse fois son cours, la grosse bête lui permettrait de regagner les cinquante-sept mille
trente et un Ours dor, huit Pénis, ourse Canines et quatre cent quarante et un
Oursings quil avait gagés, et savérait donc une excellente affaire.
Il se retourna alors vers le propriétaire dont la babine baveuse indiquait clairement que
le tas dor emporterait bientôt sa décision. Il monta coup sur coup à trois mille
quatre cent vingt et un Ours dor, à quatre mille deux cent soixante-dix-sept, à
cinq mille cent trente-deux puis à cinq mille sept cent trois ! La truffe de Patte
dOurs, si fraîche et humide habituellement, devenait chaude et sèche.
A cinq mille sept cent trois Ours dor, deux Pénis, douze Canines et six cent
quarante-quatre Oursings, le RousseTerrien capitula.
Par mes protège-coussinets dintérieur, glapit Patte dOurs,
loliphant vient de faire un bond à Grisbi-Change !
Il fallait encore mettre la patte sur un éclaireur, mais cela ne posa pas de problème.
Un gars-ours dégingandé, presque un ourson encore, bonne truffe et il vif, se
présenta à eux.
On me surnomme MaOurs , grognonna-t-il.
Myb. Lupp lagréa, comptant tripler sa compétence par lannonce dune
grosse gratification.
MaOurs était un conducteur idéal, adepte de ladage : une
douce patte dours conduit loliphant dune plume légère . Il
houssa donc la grosse bête sans lhoussiner jamais, et fit retomber de part et
dautre de son dos, sur un bât de bois, des sièges qui paraissaient bien raides.
Myb. Lupp proposa à Ours Kaassis de se joindre à eux jusquà la caverne étape
dEmméjecêg. Un pérégrin supplémentaire nimportunerait point leur
monture ! Le cinquantenier agréa laimable proposition.
On marchanda quelques provisions : galettes de gruau, manioc finement gragé, grémil
aux perles tendres. Ours Kaassis GrosGrizzly et Tiomiez Lupp grimpèrent sur les sièges
brêlés au bât de lanimal. Patte dOurs, à chevauchons sur loliphant,
se tenait derrière le gars-ours éclaireur, lui-même agriffé aux oreilles de la bête,
et le soleil courait déjà depuis trois heures lorsque léquipage, sortant du
bourg, pénétra au plus profond des bois.
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