L'immortalité concrète
1972 Antoine Grimaud |
Fin Janvier, du 26/01 au
01/02, a lieu le Festival
Lettriste du Ranelagh. Jacqueline
Tarkieltaub est responsable d'une partie de l'organisation de cette
semaine et je lui propose de l'aider, sorte de régisseur. C'est là que je dirai en
public mes premiers poèmes, dans le noir complet et presque à quatre pattes par terre,
tellement j'ai peur.
C'est là aussi que je présente Entr'acte,
film infinitésimal et supertemporel, repris par la suite dans d'autres festivals. Dans le
Monde du 28/01, un petit article : "Les Tristes".
Arkitu, lors d'une soirée, vient me voir et
me demande son aide pour effectuer un lancer de tract, ce que jaccepte
évidemment, et ce qui me sera reproché par d'autres membres du groupe. Le tract est
rédigé par lui-même et Spacagna, qui est
en train de quitter le groupe mais assiste encore à des réunions, et signé par
l'annuaire des postes, selon une vieille tradition.
En Novembre, les 14 et 16, nous allons avec Jean-Paul
Curtay lancer quelques tracts au Centre Culturel
Suédois, pour protester contre .... je ne sais plus quoi ... sans doute
le fait de ne pas avoir été invités (?). C'est pendant cette soirée que j'entends pour
la première fois François Dufrêne
et Bernard Heidsieck, rencontre qui m'a
profondément bouleversé. J'ai toujours considéré Dufrêne comme l'un des plus
importants poètes lettristes, et Heidsieck, qui n'était pas lettriste, est peut-être le plus grand poète
contemporain à mes yeux. Ce soir là je n'ai pas distribué les tracts prévus.
C'est en Juin
que se suicide Gabriel Pomerand, l'archange
du mouvement. Je ne l'ai pratiquement pas connu, l'ayant rencontré une fois dans un
café, mais c'était l'auteur mythique de Saint Ghetto des
Prêts et de quelques poèmes légendaires dont je n'avais vu alors
que des extraits. Je ne découvrirai ces toiles magnifiques que bien après sa mort,
ainsi que la plupart de son oeuvre.
Avant sa mort, personne n'en parlait jamais dans nos réunions, c'était comme ça,
seuls étaient intéressants ceux qui étaient présents. Il me semble me souvenir d'Isou évoquant ce clochard céleste et claqueur de
fortunes, mais ce n'était pas flatteur.
Après il a été ré-intégré au groupe, un vrai génie, indispensable et tout.
Classique miracle de la mort.
En Mai, à la Comédie Française et à l'invitation de François Billetdoux, des comédiens interprètent
La Jeune Tarentule de Lemaître
et Madagascar d'Isou, au
cours d'une soirée fort émouvante. Ce même mois, une
participation au Salon de Mai, Quai de New York.
Je ne sais plus à quelle date, Opus
international sort son numéro double sur La Poésie
en Question, très belle revue bien connue des amateurs, qui vaut à Georges Fall une attaque en règle de notre part
dans un tract virulent.
Jean-Louis Brau publie son remarquable
"Le Singe appliqué". Tout le monde pense
qu'il obtiendra le Renaudot, et je retrouve aujourd'hui un tract (un communiqué
?) dans lequel nous remercions le jury, qui hélas ne fit pas ce qu'on attendait de lui.
[Sans doute ce texte était-il rédigé d'avance et n'a jamais été diffusé.]
Je retrouve aussi dans mes archives (fort mal classées au
demeurant et bien incomplètes) une participation au FAP - le Front
des Artistes Plasticiens - une Semaine
Lettriste du 9 au 13/05, [exposition douvrages, permanence, conférence ?] qui se tint à la Librairie Saint-Michel, une exposition de
mes tableaux avec Jean-Pierre Gillard et Patrick Poulain, chez François Petitot, une intervention chez Drouant pour (contre) l'attribution des Prix, et de nombreux tracts divers mais
peu variés : Pour l'école Révolutionnaire, Contre l'Expo 72 de Pompidou, Pour
l'A.I.A.MA, Contre les escrocs, les faussaires, et pour les novateurs, Contre l'école
Réactionnaire, Contre Mathey [ce tract étant signé de la section Maoiste-Lettriste
Unifiée de Nancy], Contre Bloch-Lainé etc.
Preuve d'une grande continuité dans l'économie française, il en est un où nous
traitons le PDG de la Société Générale d'ignorant, d'incapable etc. |

Les psychiatres et les psychanalistes
sont tous des déments dangereux
pour eux mêmes et pour autrui
1972 Antoine Grimaud |