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éditions du Groupe de L'Ours
autour du lettrisme, des situationistes, de l'Oulipo et la pataphysique
Se dire lettriste toujours, parce que ça fait hurler les chiens.

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Pourquoi le Lettrisme ?
Antoine Grimaud

Je me souviens de dix neuf cent soixante sept, le trois mai exactement, parce que ce soir là, mécaniquement, j’ai longuement masturbé mes veines à la lame de rasoir. Mais ce n’était pas ma première manifestation d’art corporel.
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Je me souviens aujourd’hui que ce trois mai, était l’anniversaire par anticipation du joli mois de mai. J’avais alors déjà lu quelques numéros de l’Internationale Situationniste que m’avaient passé Schmidt, un copain de Jo-Marron.
Je me souviens avoir adoré les écrits d’Eric Satie, immense musicien de ce siècle.
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Je me souviens d’avoir toujours préféré Tzara, iconoclaste dionysiaque, au sérieux et pontifiant Pape Breton. Comme lui j’aurais aimé me trouver très sympathique.
Je me souviens d’avoir écrit bien sûr, - que faire d’autres à seize ans ?-, mais que je ne gardais rien de tout cela. Comme le vieux Nietzsche dévalant la montagne avait proclamé la mort de Dieu, Dada avait définitivement enterré l’art. Nous errions alors dans un monde vide. Je ne savais pas encore que quelques uns avaient sérieusement commencé à le remplir, en secouant cette vieille pute de planète.
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Je me souviens que le premier texte d’Isou que j’ai lu était contre les Situationnistes, et qu’il ne m’a pas convaincu. Même à l’époque il écrivait la plupart du temps comme un cuistre.
Je me souviens d’avoir ensuite lu l’Introduction à une nouvelle poésie, et que ce livre m’a rendu la vie possible, et l’écriture. Mes premiers poèmes, au Ranelagh, je les ai récités dans le noir complet, et à genoux, tellement je tremblais, mais j’avais l’impression de naître.
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Je me souviens que cela m’amusait, de prendre le chemin à l’envers : l’IS d’abord, puis le Lettrisme, la quête des racines. Il y eut la Première Internationale Lettriste, la plus importante de tous les courants de l’époque bien évidemment.
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Il y eut la Deuxième, la DIL, " ce sigle creux qui défiera toujours les exégètes et qui nous liera à jamais, indéfectiblement, François, Gil, et moi. " disait Brau. Il y eut, éphémère, une Troisième Internationale Lettriste. François me faisait part de son désir de fonder la Quatrième. Vivement la Quille !
Je me souviens d’avoir toujours été aussi Perecolatre que Georgeophile. Lettriste bien sûr, mais l’Oulipo ! mais Queneau ! Ah Isou, " quel sacré nom de dieu de bougre de mâtin de mille foutre couillon tu fais ", jamais tu n’as rien compris à la jubilation gratuite.
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Je me souviens que , pour Harry Mathews, Georges Perec le faisait penser à un faune, à un ourson, ou à un loir.
Je me souviens de ma rencontre avec François Letaillieur, ce bon FL que j’appelais Gustave, et des heures que nous avons passées dans la recherche de nos sources, la joyeuse quête de nos grands anciens. Les innombrables tracts, manuscrits, livres, photos, qu’il m’a donné à voir.
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Je me souviens de cette génération, venue de la Grande Guerre, qui avait vingt ans quand cela avait du sens d’être antifasciste. Et les meilleurs d’entre eux étaient tout autant anti-staliniens. Mon père en fut, et Emmanuel Peillet, le Grand Satrape ou Curateur, ou je-ne-sais-quoi de la Grande Gidouille Pataphysicienne;
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et Asger Jorn dont je n’aimais pas spécialement la peinture mais que je retrouvais systématiquement dans tout ce que je découvrais et qui me passionnait, et Noël Arnaud, plus jeune à peine, qui apporte le Surréalisme Révolutionnaire, tandis que le Pape Breton fait découvrir le Canada à sa bien aimée. Les balles des pelotons d’exécution faisaient-elles entendre le même délicat vrombissement que les maringouins ?
Je me souviens d’avoir rencontré Gil J Wolman, le plus intelligent de tous sans doute, le plus créatif, et Jean-Louis Brau, et Jacques Spacagna avec François Dufrêne.
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J’ai aperçu Debord aussi, qui n’avait visiblement rien à me dire et ne m’adressa qu’à peine la parole, dans une soirée où moi, je tentais de lui parler.
Je me souviens, dès le début de mes relations avec lui, de n’avoir pas compris pourquoi Isou voulait cacher tous ces êtres là. De l’avoir haï pour ça, plus tard.
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Lamentable Isidore, qui m’appela alors le Paul Déroulède du Lettrisme, ce qui n’était pas bien aimable. C’est alors je crois que j’ai imaginé qu’Isou était un banc sur une route. Il était important de repérer ceux qui, à un moment, s’étaient assis sur ce banc avant de repartir, pleins de forces, et de les suivre alors.
Je me souviens d’avoir enfin compris, une nuit, devant les tours de Saint Sulpice,
- Où l’autre, Quand il les rencontre, Pisse, Contre -,
combien le groupe actuel pouvait être falsificateur dans sa réécriture du passé, et désireux, enfin, d’entrer au chaud dans la citadelle qu’il prétendait détruire.

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Il ne s’agissait plus de remettre les choses en place mais de se faire une place au centre des choses.
Je me souviens d’avoir servi de chauffeur à Jacques Spacagna, étant le seul alors à posséder une voiture. Jean-Louis Brau l’avait sans doute balancé au travers de la fenêtre, au cours d’une discussion théorique animée. Je crois que Jacques habitait alors au deuxième étage. Il avait du mal à marcher.
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A part ça, Jean-Louis était un charmant garçon. Dans la même période j’effectuais de petits travaux pour Maurice Lemaître, qui me donnait ainsi les moyens de vivre. Une de nos premières fâcheries vint de là. Il ne pouvait comprendre que je fréquente quelqu’un qu’il considérait comme un ennemi mortel pour lui.
Je me souviens que Dufrêne, avec Heidsieck, est le plus grand poète de ce temps. Quel plaisir d’entendre la Cantate des mots camés, ou Le cœur qui bat, ou Le Tombeau de Pierre Larousse, quelle jubilation, quelle provocation à devenir meilleur.
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Je me souviens que la première réunion du groupe de l’Ours dans son ensemble a eu lieu à Vienne et Budapest.
Je me souviens qu’Isou, (dont le sens de l’humour n’est pas très connu), à un journaliste de France Culture qui lui donnait du " Maître " et du " Pape du Lettrisme ", répondit " Kilomètre " et " Soupape ".
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Je me souviens chez Marcel Fleiss de la première exposition où l’on pouvait voir presque tous les acteurs de ces cinquante dernières années, sans invective ni falsification. C’était joyeux !
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Je me souviens que Gabriel Pomerand fut réintégré dans le groupe dès qu’il se fut suicidé. Debord, depuis qu’il en fit autant, croule sous les publications, les hommages. Résiste à la tentation du succès, Isou.
Je me souviens que l’Internationale Situationniste est le seul mouvement qui n’a jamais viré de bord.
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